Love in vain

Ce matin-là

Sur un bout de nappe

À l’encre verte

Elle me laisse au bic

L’adresse d’un hôtel chic


Toute la nuit elle a fumé

Toute la nuit elle a fumé

Derrière un rideau, dans une chambre cafardeuse

Avec dans la tête

« Love in Vain » des Rolling Stones


Ce matin-là

Comme aujourd’hui encore

Ses seins contre ma poitrine

S’aiguisent, s’écrasent et cognent - une basse continue

Avec des sursauts, des palpitations


Ce matin-là

Debout contre l’amour

Se rattrapant aux murs

Aux muscles

Pour atteindre un équilibre extrême


Et lorsqu’elle me donne la main

Me prend l’envie de courir

De l’entraîner loin des foules

De prendre ses jambes à mon pouls


Elle a de ces mains diaphanes

Qu’on ne trouve que chez les dames

Sur tableaux anciens, silhouettes camées

Entre les doigts, à ces poignets

Des bijoux chipés à quelque sarcophage égyptien

Des boutons de câpres d’onyx et de verre vénitien


Au moment de jouir

Ses pieds de part et d’autre

Font dans mon dos

Des pointes de danseuse


Je la dépose à la gare

Dans la deux chevaux

Elle laisse côté passager

Un baiser, un parfum, une bague


Ce matin-là

De rage, enchifrenée de larmes de mascara

Elle déchire les pages de l’agenda

Elle fait l’amour à coups de canif

Avec ses pouces, à la pointe des i


Certains jours, elle me trouve vain, timoré trop angoissé, elle me chasse de ses pensées


Comment feras-tu, dit-elle

Sans moi


Les lendemains s’envolent

Entre ses mains

D’un coup d’ailes

Rentre les seins sous des carquois d’hirondelle


Contre un mur du musée d’Antibes

Dans une contre-allée, sous un orme

Dans la salle de bains d’un hôtel minable

Sur le tapis écorné, sur l’herbe sèche


Lorsqu’elle me donne la main

Il me prend l’envie de partir

De fermer les yeux

De prendre mes jambes à son cou


Je sais bien que tu peux me tuer

J’aimerais que cela te soit aisé

Que tu n’es pas de remords

Que la mort me soit douce


Comme l’amour

Je te vois déjà sur les quais

Courant d’une rive à l’autre

Le train traversant les poches de brouillard


À si vive allure que tu n’auras pas le temps

Pas le temps d’attendre


Comment feras-tu

Sans moi


La chair est voyou

La peau voyelle

Il y a comme un grand écart

Des mains jumelles

Qui s’accrochent quelque part, qui griffent


Comment feras-tu

Sans moi


À l’aube dans les yeux

J’aurai ce petit brin de solitude

Et de moquerie

Qui font les amoureuses

Et qui font fuir


Comment feras-tu

Sans moi


Les hommes sont si lâches

Si seuls


Francesca Woodman



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