Le pardon

Écoute.

- Je ne t’écoute pas.

- Regarde-moi.

- Je regarde au loin, ailleurs.

- Mais c’est moi !

- Hé bien ? Et alors ?


Ce furent des brouillons

Toutes ces vies évidées par le nombril

Puis laissées là dans une encoignure

Ce furent des brouillons, je te l’assure


À chaque fois reprendre là où d’autres l’avaient laissée

La vie d’avant

La vie d’après

La vie d’ailleurs


Tu fais au mieux dans un temps imparti

Changeant de bord ou de milieu

Selon la patience des limites

Selon l’angle des fontaines assoupies


Dans Aix qui s’illumine

Un fruit, une grappe, un axe :

Les arbres militaires

Les ombres réverbères


Dans le fouillis des années

Le passé fait la morte

Et tu appelles cela te souvenir ?

Tu appelles mourir ce qui te laisse en vie


- Avons-nous plusieurs vies ?

- La vie commence-t-elle avec celle-ci ?

- Avons-nous le choix - d’une fin, d’un dernier mot, d’une dernière volonté, d’un dernier dernier dernier

soupir ?


Je ne suis plus la même, disais-tu

Je me suis abîmée, je te l’assure


Accident de la route

Fuite hors d’haleine

Dans les jours à peine

Mais à peine feuilletées


Du bout des doigts

La bouche en croix


À mes côtés la mort

En miroir brisé

Avec une âme d’enfant


Tranquille, la mort

Transparente


Nous avons la trouille

Nous crevons de trouille

Les choses sérieuses commencent

Nous sommes épuisés


Des larmes nous traversent d’un coup d’aile

Les us et coutumes d’une vie antérieure

Dont se remémore l’avenir

D’où s’arrache la somme des passés


Des bras qui nous retiennent, qui nous repoussent, qui nous agrippent

Des mains qui nous dévalent ne trouvent plus de corps à broyer

Des impatiences de luciole

Des colères en boucles amères


- Est-ce bien toi ?

- Oui.

- Tu as changé.


Autant de vie que de jours

Un long voyage en Abyssinie

En cuirasse de cuir

Sous un bouclier de jade


Et la nuit, Pénélope, la nuit serait à toi

Si tu le voulais bien


- M’en veux-tu encore ?

- Tu m’as trahi.

- Je n’avais pas le choix.


(la mort dès la première fois

la mort sera la bonne)


- Regarde-moi.

- Regarde-moi, je t’en prie

- Regarde-moi, je t’en supplie


Je ne te vois plus


- Je suis là, derrière toi. Retourne-toi.


Tu me dois une vie.


Pardonne-moi.

Je ne te pardonne pas.


James Ensor

© 2023 by Name of Site. Proudly created with Wix.com

  • Facebook Social Icon
  • Twitter Social Icon
  • Google+ Social Icon