Le fleuve

à Lisa

Jan Sluyters, portrait de sa petite-fille Anne

Enfant,

Je suis tombé dans une rivière

Et la rivière a suivi son cours

Sans se déranger pour moi.


Plus loin, elle a trouvé la mer

Elle aurait pu s’arrêter là,

Oublier les caresses

D’herbes brassées

D’ombres mouvantes,

Oublier les barques tranquilles,

Les rochers, les tourbillons,

L’ivresse du chemin


Mais au lieu de cela,

La rivière s’est entêtée

Parmi les eaux, elle s’est faite un chemin d’eau

Enjambant les vagues,

Rejetant l’écume.


Elle a terminé sa course

Sur l’autre rive de l’océan

Fleuve désormais – une promotion méritée –

Sous les tropiques


Mélange d’eaux grises, vertes et bleues

Mélimélo de troncs d’arbres et de caïmans.


Enfant, dans mon rêve

J’ai nagé jusque là,

Eclaboussé sous les rires

D’autres enfants


Et parmi eux, se redressant sur la berge,

Ma fille aujourd’hui

Qui me demande le nom de ce fleuve.

Je me souviens, dit-elle, avant que j’ai pu lui répondre,

Je me souviens, dit-elle entre ses dents de lait,

Ce fleuve, papa, tu m’as déjà dit, il s’appelle

Il s’appelle « Missipipi »


« Missipipi, papa, je te dis ».


© Denis Petit-Benopoulos

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