La vaisselle

Oui, je m’attache à la peau que j’ai touchée, je me tiens à la main que j’ai serrée

Je suis un animal pris de panique qui ne connait pas le mal qu’on lui fait ni le bien

Tu disais que je ne devrais pas, j’étais heureux, j’étais inquiet et bien sûr j’étais trop plein de gravité

Oui, cela faisait mal, ce froid soudain dans l’étreinte, les mains captives mais point offertes, les lèvres laissées

J’étais impatient, sauvage, endolori, je ne pouvais te voir sans frémir, sans m’affoler, je t’aimais tant que je n’en avais plus la force

Je ne pouvais, comprends-tu, m’en tenir à si peu quand tu pouvais tout donner et ne donnais qu’à moitié, qu’à peu près

Alors j’ai retiré la montre du poignet

J’ai plongé les deux mains dans l’eau froide

J’ai rincé une à une les assiettes

Ne faisant la vaisselle qu’une fois par semaine, je me suis fait croire que la maison était pleine, que des amis nombreux partageaient mes repas et ma peine

Longtemps je t’ai maudit comme maudissent les enfants puis avec mille précautions j’ai reposé chaque assiette dans l’égouttoir et j’ai repris mon souffle là où tu l’avais laissé.



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