La déclaration

Comment ces mots, si simples, si démunis

Peuvent-ils être prononcés

« Je t’aime »

Ne rien dire de plus simple

De plus redoutable

De plus audacieux

De plus risible

Le souffle coupé

Posés là quand tous les autres viennent à manquer

J’aime ta voix nue, blanche

J’aime tes cheveux mouillés, tes sandales, tes cils tout décousus

J’aime ta robe où fanfaronnent des chats

J’aime ton nombril élastique, tes mains joueuses, les étoiles sur ta peau

J’aime tes questions qui ne se lassent pas des mêmes réponses

J’aime ton rire voilé, tes épaules, tes seins écarquillés

J'aime tes baisers volatiles, poinçons ou pointillés

Tes angoisses muettes, tes frissons

J’aime tes silences, tes rendez-vous manqués

Ce geste incertain de la main quand on se laisse

J’aime tes mains confiantes emmêlées

J’aime quand tu es là, affairée sans me voir

J’aime ton sourire qui me pardonne

Tes bras qui me cherchent

Ton regard qui se trouble

J’aime ces jours et ces nuits

Où l’amour est aussi poignant qu’une prière

Où nous sommes traversés l’un de l’autre

Amants, amis, amoureux de l’amour comme de la vie

Et pourtant

Comment ces mots, si simples, si démunis

Peuvent-ils être prononcés

Sans autre certitude que le trouble d’un instant

Qui creuse dans nos vies

Le sillon d’une nostalgie toujours recommencée

Là où d’autres doutent

Nous aimons

Là où d’autres se taisent

Nous nous remplissons de mots

D’impressions

De déclarations

Il n’y a pas de prix

D’étiquettes

« Je t’aime »

Comme un poisson d’avril

Comme une métaphore

Nous nous aimons

D’un amour

Qui ne se regarde ni vivre

Ni mourir

Veronica Mecchia

© 2023 by Name of Site. Proudly created with Wix.com

  • Facebook Social Icon
  • Twitter Social Icon
  • Google+ Social Icon