La beauté


Constantine Manos, 1942

La beauté traverse le temps

Et ne se laisse pas même effleurer

Par tous les travestissements

Qui lui sont imposés

Vous croyez voir un masque

Mais c’est le désir qui vous aveugle

La beauté ne fraie pas avec l’amour

Elle refuse les privations les expédients

Et tous les jeux de captation

Érotiques ou esthétiques

Elle porte l’humain au-dessus de l’humain

Ne s’abîme pas

Ne s’abaisse pas

Toujours inattendue

Mais jamais hautaine car la laideur n’est jamais loin

Vous pouvez la broyer dans les grands cycles du temps

La vieillir sur le tissu humain

L’étreindre dans les champs magnétiques

La célébrer mais rien ne l’atteint

La beauté est là, fulgurante pour qui sait voir

Cette femme n’est plus aujourd’hui

Ses attributs humains, son nom, son prénom, sont perdus

Qui fut-elle, d’où venait-elle, que fuyait-elle, à quoi pensait-elle

Et cette photo volée aurait pu tout aussi bien n’avoir jamais été prise

La beauté n’y aurait rien perdu

Puisqu’elle nous échappe et nous appartient

Puisqu’elle s'ignore

Puisqu’elle est là,

Altière, sauvage, insolente

Sous vos yeux, dans vos bras et dans vos rêves,

Bien vivante, éternelle.



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