L'immortalité

Mis à jour : 13 nov. 2018

si je venais à mourir, dites-moi vous les ombres vous les dieux,

de quoi sera fait ce moment le dernier,

s’il se peut de naître une fois encore ou si la mort est sans appel,

dites-moi s’il faut d’un bon mot ou d’un faux pas,

d’une harangue aux foules absentes ou d’une prière aux grands absents,

faire salle comble,

le moment venu faudra-t-il être de blanc vêtu ou tâché de sang,

tout défait ou bien resplendissant,

dites-moi muses qui m’avaient tant manqué,

si nous partirons en paix ou bien l’âme inquiète,

l’esprit tranquille ou affolé;

dites-moi, dieux du ciel, dauphins rieurs, méduses aux doigts de lait,

s’il faut rendre l’âme ou la garder,

si l’ombre se retire ou se ménage pour atteindre par-dessus le ciel sa moitié,

dites-moi si l’amour la bienveillance la charité font une belle vie,

dites-moi vous les dieux déchus, vous les ombres maternelles,

si je puis être de toute éternité celui-ci puis celui-là,

allant d’un corps à l’autre par le chemin de l’âme,

mortel au cas par cas,

traversant les prairies d’asphodèles sans l’embarras du trépas,

dites-moi fontaines assoupies, neiges éternelles, fleurs de sang,

dites-moi de quoi sera faite la dernière heure,

de combien de secondes de minutes,

qui du temps ou de l’amour aura le plus manqué,

dites-moi si chaque jour aura suffi,

si tout cela n’est qu’une comédie, une farce, une tragédie,

dites-moi si, face aux beaux parleurs qui promettent l’éternité,

j’aurai le dernier mot ou pas,

dites-moi vous les immortels si la mort vaut mieux qu’une longue errance,

si la vie éternelle vaut mieux qu’une mort posthume

et si à la fin, lassé mais sans regrets,

sans larmes et sans façons,

je ferais mieux de laisser l’âme aux nouveaux nés et le corps aux objets trouvés.


© Denis Petit-Benopoulos


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