Impromptus du mois de mai

Je tiens à garder sur moi

Ce petit bout de soi

Respiration haute, tout le silence en un cil





Ne m’envoie pas promener

Garde moi près de toi

Dans un seau, dans une pelle, dans un grain de sable




Tu me gardes

En lieu sûr

Parole de prisonnier

Parole de sentinelle





Regarde dans le miroir

Le miroir

Qui se prend au jeu





La mer est mourante

À mes pieds

La profusion du visage

Lui rend sa pareille




De guerre lasse

Dans une bassine de violettes

Je fais des bulles de savon




Je vois dans l’eau

L’ombre du cyprès

Si haute si près



La dernière porte

Cède sous une clé

Vin rouge fraises encore vertes




Tes pieds nus sous la table

Dernière cigarette

L’orgasme lent de nos sangs mêlés



Je n’ai pas le titre

Quelqu’un vient

Chapitre un




Sous le papier peint

Barbelés tracés à la craie

Marques de croissance

Lent dégel des atomes d’absence



Ne va pas à la croix

Qui survole nos chagrins

Au sursaut des lisières

Tu trouveras ce que le bonheur a de vain




Une volée de marches

Jusqu’à la mer

L’olive fait le dos rond





Ongles froissés des orchidées

Prunes écrasées

Dans le lait bouilli




D’ici, ni phare ni lustre

Le soleil mécanique des plafonds

Pharaon de lierre éclats de grès




Auprès des hommes creux

Des femmes enracinées

Nous rebâtirons la maison où tu es née




Porte à porte

Des fenêtres enchâssées dans les murs

Les miroirs aux arêtes




S’ouvre comme un livre

Le miroir aux arêtes acérées

Nous y noyons nos poissons volants

Nos peines nos élans





Lustre en forme d’abeille

Le chapeau sans tête

L’allumette sans feu





Dans le puits des heures

Nous recouvrirons les années

De la torpeur d’un seul été



Le dernier grillon

Sur le plus bas rameau

Pose une question




Que le ciel t’accompagne

Jusqu’au point du jour

Qu’il laisse à la nuit

La clarté des songes




Au rêveur enseveli dans ses rêves

Les lacets défaits

De la grande ourse




La brume

Sur la mer laisse

Un bout d’amertume




Le bruit de l’eau

Là où le

Lavabo fuit

En robe de savon


Le bois est bleu

Les oiseaux ont les ailes sifflantes

Et les jours sont attendus




Trois paysannes

Attendent sur la paille

Le retour du boulanger

Poivrons éventrés courgettes alanguies






L’oiseau blessé

Attend sur la corde à linge

Qu’on vienne l’essorer




La femme n’ose approcher

Il remue encore

Si n’était la pluie, lourde comme des sabots,

Il irait droit au ciel




Nous employons tout le ciel

À trancher les rames

A semer des îles

Aux noms d’oiseau




Sur les chemins désaccordés

Les fenêtres tombent des nuées

Nous ramassons des figues des noix



La préhistoire de nos enfances

Où le silex était friable

Où le feu se tricotait




La mer est fanée

« Crains dieu

Tant que la mort se cache. »





Si tu dois durer, dure encore

Dure assez

Du coq à l’âne ce n’est jamais qu’un prêt




En une seule pesée,

L’absence fait taire

Les médisances



Sous la chair

Le repas tire à sa flamme

De fins os d’apparat

Sous l’archet de nos révérences





Défaut de l’œil

Qui voit sans âme

Défi de l’âme

Qui voit sans vue




Le sang bleu des méduses

Coûte que coûte

Met aux lèvres un été




Le soleil tremble dans les mains

Sur la peau nue

Sur le bois clair




Creuse sous terre

Les journées renversées

Les nuits par en-dessous




Les abris sont provisoires

Le baiser du lac

À un jet de pierre



Les statues sont assises

Bras croisés

Jambes pensives




Des gitans astiquent pieds nus

Une vieille locomotive rouillée jusqu’à l’os

Garée sous les pins cendreux



Café serré

Pisse de chat

On entend l’ambulance rendre grâce




La maison est au bout de la nuit

Fenêtres allumées

Mon père travaille debout





Le vieux monsieur du cinéma est mort

Trois chats, deux blancs l’autre noir

Montent la garde devant les armoires





Longtemps

Tout le temps qu’il faudra

Mourir et faire semblant de dormir



Dans les seaux

Recrache tout le vent

Comme font les enfants avec les noyaux




Du grain de sable au rocher

S’époussètent

De grands oiseaux noirs et blancs





Mais ce n’est pas assez

Il me faut fermer les yeux

Pour imaginer que tout est réel



Le cimetière cousu de croix

L’église toute nue

La hampe invisible d’un drapeau de soie




La femme disparaît sous moi

Mains tranquilles silencieuses

Paupières clouées






Une fois les volets rabattus

Le sommeil vient

Comme une main sur le front






Pourquoi la lune

Battue en neige

Aux doigts ensoleillés



La poésie

Evidemment

Mais pourquoi ?



Je respire un peu

Comme si l’eau était d’air

Le sommeil me ramène toujours à l’envers



Le café mousse au fond de la tasse

Il n’en reste pas assez

Pour prédire le passé



L’enfant veut une glace

Pistache, dit-elle avec la langue

Imitant le dragon qui avale la fumée



Que deviens-tu

Me demande-t-il

En regardant le ciel



L’herbe est coupée ras

Dans le chemin qui va,

Tu retires tes lacets





Les enfants resteront à la maison

Avec des graines de tournesol

Entre les dents de leurs appareils dentaires



Le couple attend sur un banc

Que le temps file puis s’en aille

Marchant sur des œufs mimosas





À fleur de tête les yeux

Écalent les flammes

Du bouquet





Essaie de voir

Clairement

Ce que tu ne vois pas



En peu de mots

Le silence se brise

Et c’est tout un monde à la fenêtre



Ils jouent aux jacquets

En jaquettes de printemps

Sous l’arbre de Nestor





Quand j’ouvre la main

Je vois les lignes

Quand je la referme

Je vois le poing



Le rideau tiré

La fenêtre brisée

Un escalier en gouttes



Le ciel repose

À la belle étoile

Sous une marée de mille-pattes





Avant d’atteindre la surface de l’eau

Le plongeur ne sait qu’il fait jour s’il fait nuit

Mais quoi qu’il arrive le ciel commence là





La poésie

Evidemment

Mais pour quoi faire ?

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